La jungle des business schools s’épaissit avec la croissance ininterrompue des effectifs, qui atteignent le taux record dans l’enseignement supérieur de 65% sur 10 ans. Les 10 premières cumulent 100 000 élèves et un milliard de budget. Même plus bas dans le classement, l’IESEG gère 3 millions et 600 élèves. Ces succès ont commencé en 2001 quand les business schools ont été autorisées, sous conditions strictes, à delivrer le grade de master. En même temps, des accréditations internationales se développent (EQUIS, AACSB).

Les chambres de commerce et d’industrie, à l’origine de ces écoles pour former leurs cadres, ont dû penser en termes de recherche, de volume de publications. Ce trio de tête, HEC, ESSEC et ESCP, a même fini par se dégager de ce cadre historique et à équilibrer son budget, notamment avec l’ouverture à l’international.

Ce dernier point oblige à scruter les classements, notamment celui du Financial Times. Ce qui permet aux meilleures de démultiplier les alumnis, notamment via des programmes de bachelor moins exigeants (ESSEC, ESCP, EM, etc.) ainsi que des masters spécialisés ouverts à des profils plus matures et variés, notamment issus de l’Université, ainsi que des Masters of Science (« science » étant entendu au sens large) pour appâter les étudiants étrangers.

Ce marché en pleine expansion voit défiler des projets tout azimut. Skema installe ses locaux dans les Hauts-de-Seine, dans les locaux vides d’Airbus. Et l’EM Lyon se transforme en SA pour ouvrir son capital à des fonds et financer un prêt de 100 millions d’euros. Cette ascension vers le plus haut niveau fait craindre, hélas, que les frais de scolarité ne suivent la même trajectoire.

L’EDHEC et l’EM Lyon ont augmenté leurs frais de 80% en 10 ans, suivies par les autres business schools, imitant le voisin anglo-saxon. Le salaire de sortie moyen n’a pas pu suivre, surtout dans la mesure où les frais les plus élevés ne correspondent pas forcément aux écoles les mieux classées.

Les élèves boursiers sont moins nombreux et, compte tenu des enjeux, la réponse des business schools manque parfois d’acuité. Alors qu’on attend la fin d’un modèle où certaines business schools sont si rentables qu’elles sont rachetées par des fonds étrangers, sans se soucier des élèves, on n’a droit qu’à des aménagements cosmétiques, tels quelques aménagements de parcours ou même un changement de nom. La tentative du directeur de l’ESCP de la renommer « European School for Collective Prosperity » aura, dans ce registre, été remarquée.